Le 18 janvier 1991, l'Irak a lancé le premier des 47 missiles SCUD modifiés sur Israël et l'Arabie Saoudite. Ces attaques – largement inefficaces sur le plan militaire mais stratégiquement importantes – ont lancé l'ère moderne de la défense antimissile et ont ouvert la voie à tout, depuis Iron Dome jusqu'à Arrow-3.
Al-Hussein : le SCUD modifié de l'Irak
Le "Al-Hussein" irakien était un R-17 soviétique modifié (SCUD-B) avec une portée étendue :
- SCUD-B d'origine : portée de 300 km, ogive de 985 kg
- Modification Al-Hussein : Réservoir de carburant allongé, ogive réduite à 250 kg, autonomie augmentée à 600 km
- Problème : Les modifications ont affaibli la cellule, provoquant la rupture de nombreux missiles lors de la rentrée, ce qui les a paradoxalement rendus plus difficiles à intercepter (plusieurs fragments contre une ogive)
Chronologie de l'attaque
Les débuts controversés de Patriot
Les États-Unis ont déployé des batteries Patriot PAC-1 en Israël et en Arabie Saoudite. L’armée a initialement affirmé un taux d’interception de plus de 95 % – une affirmation qui a ensuite été fortement contestée. L'analyse d'après-guerre réalisée par Ted Postol du MIT et d'autres a suggéré que le taux d'interception réel était plus proche de 10 % ou moins.
La controverse est née parce que :
- Le PAC-1 a été conçu pour les avions, pas pour les missiles balistiques. Son ogive à fragmentation pourrait endommager mais pas détruire les ogives SCUD.
- De nombreuses « interceptions » ont touché le corps du SCUD mais ont raté l'ogive, qui a continué vers sa cible.
- Les missiles Al-Hussein se brisaient fréquemment lors de la rentrée, créant de multiples cibles ; le Patriot engageait parfois des débris plutôt que des ogives.
- Les erreurs de synchronisation du logiciel ont dégradé la précision du suivi sur des périodes de fonctionnement prolongées.
Impact stratégique
Malgré leur insignifiance militaire (les 47 missiles ont fait moins de victimes qu'une seule journée de combat conventionnel), les attaques du SCUD ont eu d'énormes conséquences stratégiques :
- Gestion de la coalition : Les États-Unis ont dû déployer des ressources massives pour empêcher Israël de riposter, ce qui aurait fracturé la coalition arabe contre l'Irak
- Arme terroriste : les SCUD ont provoqué une peur disproportionnée. Des millions d'Israéliens ont passé la nuit dans des pièces fermées et portant des masques à gaz.
- Investissement Patriot : l'écart de performance a généré des milliards d'investissements dans la défense antimissile, conduisant au PAC-2 GEM, au PAC-3, au THAAD et à l'Aegis BMD
- Programmes israéliens : Israël a accéléré le développement d'Arrow, créant finalement l'architecture de défense antimissile la plus complète au monde
Leçons qui ont façonné aujourd'hui
L'expérience SCUD de la guerre du Golfe a établi les principes qui définissent la défense antimissile actuelle :
- La défense antimissile balistique nécessite des systèmes spécialement conçus ; les systèmes anti-aériens réutilisés (PAC-1) sont inadéquats
- Il est essentiel de frapper pour tuer : les ogives de proximité ne détruisent pas de manière fiable les ogives de missiles
- L'alerte précoce est essentielle : la détection des lancements par satellite fournit un temps de réaction essentiel
- L'impact psychologique dépasse les dégâts physiques : même les missiles imprécis provoquent des effets stratégiques
- La "gauche du lancement" est importante : détruire les lanceurs avant le tir (la "Grande chasse au SCUD") est plus efficace que d'abattre des missiles
Tous les systèmes de défense antimissile modernes — Patriot PAC-3, THAAD, Arrow, Iron Dome — existent d'une manière ou d'une autre grâce à ces 47 SCUD de janvier 1991. La guerre du Golfe a prouvé que la défense antimissile était à la fois nécessaire et difficile, lançant un cycle d'investissement de trente ans qui continue de s'accélérer.