Depuis le 24 février 2022, la Russie a mené la plus grande campagne de missiles soutenue en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Des milliers de missiles de croisière, de missiles balistiques et de drones d'attaque à sens unique ont frappé le territoire ukrainien, ciblant tout, depuis les centrales électriques et les infrastructures de chauffage jusqu'aux postes de commandement militaires et aux bâtiments résidentiels civils.
Échelle de la campagne
Au début de l'année 2025, la Russie avait lancé environ 9 000+ missiles et plus de 13 000 drones de la série Shahed contre l'Ukraine. Les attaques se sont produites par vagues, avec des frappes combinées massives impliquant parfois plus de 100 projectiles lancés simultanément depuis des plates-formes terrestres, maritimes et aériennes.
La campagne a considérablement évolué en trois ans. Les premières frappes se sont concentrées sur des cibles militaires : aérodromes, dépôts de munitions, centres de commandement. En octobre 2022, la Russie a lancé des attaques systématiques contre le réseau énergétique ukrainien, tentant de geler la population et de la soumettre pendant les mois d'hiver.
Armes utilisées
La Russie utilise un arsenal diversifié d'armes à distance :
- Kalibr (3M-14) — Missiles de croisière lancés depuis la mer depuis les navires de la flotte de la mer Noire et de la Caspienne. Autonomie ~1 500 km. Le cheval de bataille des premières frappes.
- Kh-101/Kh-555 – Missiles de croisière à lancement aérien déployés à partir des bombardiers stratégiques Tu-95MS et Tu-160. Portée de plus de 2 500 km.
- Iskander-M (9M723) — Missiles balistiques routiers à courte portée. Portée ~500km. La trajectoire quasi-balistique rend l'interception difficile.
- Kh-22/Kh-32 – Missiles antinavires supersoniques réutilisés pour l'attaque terrestre. Vitesse terminale de Mach 4,6, extrêmement difficile à intercepter.
- Kh-47M2 Kinzhal – Un missile balistique à lancement aérien prétendument hypersonique. Lancé depuis un avion MiG-31K.
- Shahed-136/Geran-2 : drones d'attaque unidirectionnels de conception iranienne. Bon marché (20 000 à 50 000 $ pièce) et utilisé dans les attaques de saturation de masse.
La campagne sur les infrastructures énergétiques
À partir du 10 octobre 2022, la Russie a lancé des frappes coordonnées contre le réseau électrique ukrainien. La stratégie ciblait les postes de transformation, les centrales thermiques et les infrastructures de distribution. En décembre 2022, l'Ukraine avait perdu environ 50 % de sa capacité de production d'électricité.
Les équipes de réparation ukrainiennes sont devenues remarquablement expertes dans la restauration rapide, remettant souvent en service les sous-stations endommagées en quelques jours. Mais des frappes répétées dans les mêmes installations ont finalement causé des dommages irréparables à certains composants, avec des délais de remplacement de 12 à 18 mois.
Réponse de la défense aérienne ukrainienne
Le réseau de défense aérienne ukrainien est devenu le plus expérimenté au combat au monde. La combinaison des systèmes S-300 et Buk de l'ère soviétique avec les systèmes Patriot, NASAMS, IRIS-T et Gepard fournis par l'Occident a créé une défense à plusieurs niveaux qui intercepte régulièrement 70 à 90 % des missiles de croisière entrants.
Cependant, les missiles balistiques restent plus difficiles à contrer. Seul le système Patriot peut engager de manière fiable les missiles Iskander-M et Kinzhal, et l'Ukraine dispose d'un nombre limité de batteries Patriot couvrant son vaste territoire.
Impact et leçons
La campagne de missiles russe a tué plus de 2 000 civils ukrainiens et causé des dizaines de milliards de dollars de dégâts aux infrastructures. Mais elle n’a pas réussi à atteindre son objectif stratégique consistant à briser le moral des Ukrainiens ou à forcer une capitulation négociée.
La campagne a démontré plusieurs leçons importantes pour la guerre moderne : l'importance cruciale de la profondeur de la défense aérienne, l'efficacité des drones bon marché pour saturer des systèmes d'interception coûteux et la résilience des populations civiles face à des bombardements soutenus.