L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord – l’alliance militaire la plus puissante du monde – n’a clairement aucun rôle à jouer dans le conflit entre les États-Unis et l’Iran. Alors que les membres individuels de l'OTAN fournissent des forces à la coalition, l'alliance elle-même se démarque, créant un paradoxe qui soulève des questions fondamentales sur à quoi sert l'OTAN dans une époque de conflit au-delà de ses frontières traditionnelles.
Pourquoi l'OTAN n'est pas impliquée
L’absence d’un rôle formel de l’OTAN n’est pas fortuite. Cela reflète des contraintes structurelles, politiques et stratégiques qui rendent effectivement impossible un engagement au niveau de l’alliance sur le théâtre iranien :
Exigence de consensus : les décisions de l'OTAN nécessitent l'accord des 32 États membres. Plusieurs membres – dont la Turquie, la Hongrie et d’autres – s’opposent à une action militaire contre l’Iran pour diverses raisons. La Turquie entretient d’importantes relations économiques et diplomatiques avec Téhéran, et Ankara considère le conflit sous l’angle des préoccupations de sécurité des Kurdes plutôt que sous l’angle de la stabilité du Golfe. Un seul veto bloque l'action de l'OTAN.
Portée géographique : le traité fondateur de l'OTAN établit une zone de défense de l'Atlantique Nord. Si l'alliance a mené des opérations « hors zone » (Afghanistan, Libye), chacune a nécessité de longues négociations politiques et des autorisations spécifiques. Une mission iranienne se heurterait à une opposition bien plus grande que les précédents déploiements hors zone, compte tenu de l'ampleur et de la durée potentielle du conflit.
Priorité de la Russie : Depuis 2022, l'objectif principal de l'OTAN est la dissuasion contre la Russie le long du flanc oriental de l'alliance. Les membres européens affirment que détourner l’attention et les ressources de l’OTAN vers le Golfe créerait des lacunes dangereuses dans la défense européenne, précisément au moment où l’agression russe rend la mission principale de l’OTAN la plus urgente.
Cadre juridique : la clause de défense collective de l'article 5 de l'OTAN s'applique aux attaques armées contre le territoire membre. Les installations militaires américaines dans le Golfe ne se trouvent pas sur le territoire de l’OTAN, ce qui signifie que les attaques iraniennes contre ces bases ne déclenchent pas automatiquement les obligations de l’alliance. Les consultations au titre de l'article 4 (menaces pour la sécurité) ont été discutées mais n'obligent pas à une action militaire.
La Coalition du modèle volontaire
Au lieu d'une mission de l'OTAN, les États-Unis ont constitué une « coalition des volontaires » pour les opérations en Iran – un modèle familier en Irak en 2003. Les membres individuels de l'OTAN fournissent des forces dans le cadre d'accords bilatéraux avec Washington plutôt que par le biais de structures d'alliance :
- Royaume-Uni – Premier contributeur européen, avec des avions d'attaque Typhoon, des pétroliers, des plates-formes de renseignement et des forces spéciales
- France — Déploiement d'un groupe aéronaval indépendant assurant la sécurité et la surveillance maritimes dans la mer d'Oman
- Pays-Bas — Contribution d'une frégate aux opérations d'escorte maritime et d'une batterie Patriot pour la défense aérienne du Golfe
- Danemark — Frégate déployée pour les opérations de sécurité maritime
- Italie – Moyens navals et soutien logistique, en tirant parti de sa base à Djibouti
- Canada – Aéronefs de patrouille maritime et frégate pour les tâches d'escorte dans le Golfe
Ce modèle de coalition donne aux États-Unis le soutien militaire dont ils ont besoin sans nécessiter le consensus de l’OTAN. Mais cela signifie également qu'il n'y a aucune structure de commandement au niveau de l'alliance, aucun plan d'opérations intégré et aucun engagement politique collectif liant les nations européennes à l'issue du conflit.
Utilisation de l'infrastructure de l'OTAN
Bien que l'OTAN en tant qu'organisation ne soit pas un combattant, son infrastructure soutient inévitablement les opérations de la coalition. Les avions AWACS (Airborne Warning and Control System) de l'OTAN opérant à partir de bases turques assurent une surveillance aéroportée qui alimente les renseignements de la coalition. Le réseau de communications intégré de l'OTAN relie les centres de commandement européens aux forces déployées dans le Golfe. Et les mécanismes de partage de renseignements de l'OTAN facilitent la circulation des renseignements électromagnétiques, des images satellite et des évaluations des menaces entre les membres de la coalition.
Le rôle de la Turquie est particulièrement ambigu. Ankara n'a pas fourni de forces à la coalition mais a autorisé les moyens de l'OTAN et des États-Unis à opérer depuis la base aérienne d'Incirlik et d'autres installations turques. Cela comprend des opérations de ravitaillement en vol, des vols de renseignement et un soutien logistique qui améliorent considérablement la portée de la coalition. La coopération de la Turquie est transactionnelle – calibrée pour maintenir les relations d'alliance avec les États-Unis sans provoquer l'Iran, avec lequel la Turquie partage une frontière de 534 km.
La question de la crédibilité
L'absence de l'OTAN dans le conflit iranien soulève des questions inconfortables sur la crédibilité de l'alliance. Si l'alliance militaire la plus puissante du monde ne peut pas répondre collectivement à la crise militaire la plus importante depuis la création de l'OTAN, qu'en est-il de la pertinence de l'alliance ?
Les défenseurs soutiennent que l'OTAN fait exactement ce qu'elle devrait : rester concentrée sur sa mission principale de défense territoriale européenne tandis que ses membres individuels contribuent aux opérations du Golfe comme bon leur semble. L'alliance n'a jamais été conçue pour projeter sa puissance au Moyen-Orient, et tenter d'intégrer le conflit iranien dans les structures de l'OTAN mettrait l'organisation à rude épreuve jusqu'au point de rupture.
Les critiques rétorquent que l'incapacité de l'OTAN à agir collectivement face au défi sécuritaire majeur du moment expose l'alliance comme une relique de la guerre froide incapable de s'adapter à un monde multipolaire où les menaces émanent simultanément de plusieurs directions. Si l'OTAN ne peut se défendre que contre la Russie tout en ignorant l'agression iranienne qui menace directement l'approvisionnement énergétique et la sécurité économique des États membres, sa valeur stratégique est limitée.
Impact sur la défense européenne
Le conflit iranien a accéléré le débat au sein de l’OTAN sur l’autonomie européenne en matière de défense. Si les États-Unis gèrent simultanément la concurrence avec la Chine, le conflit avec l'Iran et la dissuasion contre la Russie, les alliés européens ne peuvent pas supposer que les ressources militaires américaines seront toujours disponibles pour leur défense.
Cette prise de conscience entraîne une augmentation des dépenses européennes de défense et du développement des capacités :
- L'Allemagne s'est engagée à maintenir des dépenses de défense supérieures à 2 % du PIB et est en train de reconstruire des capacités militaires atrophiées par des décennies de sous-investissement.
- La Pologne est en train de construire la plus grande armée terrestre d'Europe, consacrant plus de 4 % de son PIB à la défense
- La France et le Royaume-Uni investissent dans des avions de combat et des capacités navales de nouvelle génération pour maintenir une projection de puissance indépendante
- Les pays nordiques approfondissent leur coopération en matière de défense, l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN ajoutant de nouvelles capacités au flanc nord de l'alliance.
Le problème précédent
Le plus important peut-être est que la non-implication de l’OTAN en Iran crée un précédent que les adversaires pourraient exploiter. Si l'alliance ne peut pas s'unir contre un État qui a attaqué le transport maritime international, lancé des missiles sur des bases américaines et recherché l'arme nucléaire, quels conflits déclencheraient une action collective au-delà d'une attaque directe sur le territoire de l'OTAN ?
La Russie et la Chine suivent de près la situation. L'incapacité de l'OTAN à répondre collectivement à la crise iranienne pourrait renforcer l'évaluation de Moscou selon laquelle l'alliance est un pacte défensif qui ne projettera pas sa puissance au-delà de ses frontières — une évaluation qui pourrait encourager l'aventurisme russe dans les zones où l'engagement de l'OTAN est ambigu, de l'Arctique à la Méditerranée.
Pour l’OTAN, le conflit iranien est à la fois sans importance et comme un test existentiel. L'alliance ne participe pas au combat, mais sa crédibilité future pourrait être façonnée par la manière dont ses membres se comporteront dans une guerre à laquelle elle a choisi de ne pas se joindre.